Désavoués sur les molosses, les vétérinaires ont le blues
HORS LA LOI?: Les pitbulls risquent bien de tomber dans la catégorie des chiens dangereux, et donc interdits.
CAROLINE ZUERCHER | 21 Avril 2007 | 00h13
Les vétérinaires peuvent avoir le blues. Jeudi, la commission de la science du National a approuvé à une forte majorité un projet
qui prévoit de classer les chiens en fonction de leur dangerosité – les molosses jugés agressifs étant interdits. Selon
Luc Barthassat (PDC/GE), les pitbulls devraient tomber dans cette catégorie. Pour établir ce classement, les parlementaires
proposent d’utiliser des critères tels que le poids, la taille et la race. La classification se ferait par un vétérinaire, sur
la base de règles définies par le Conseil fédéral.
Cette décision ne manquera pas de faire grincer des dents chez les vétérinaires cantonaux de Suisse romande, qui se
sont opposés à l’idée d’interdire des races. Selon eux, il faut plutôt s’en prendre à certains individus ou à certaines lignées.
Cette position est connue, puisqu’elle a été détaillée dans un rapport, transmis en octobre 2006 à la Conférence des
gouvernements cantonaux de Suisse romande. «Nous avons le sentiment de ne pas avoir été entendus et que notre
rapport a terminé dans un tiroir», regrette Fabien Loup, président de l’association des vétérinaires cantonaux romands.
Pas si simple
En Suisse romande, l’heure est à la restriction. En Valais, par exemple, treize races ont été interdites. «Nos réticences
sont essentiellement basées sur la difficulté de mettre en œuvre une interdiction généralisée de certaines races»,
explique la Genevoise Astrid Rod.
Astrid Rod donne un exemple: les pitbulls ne sont pas une race, mais un croisement. Impossible, dans ces conditions,
d’en donner une définition technique, en passant par exemple par la génétique. Dès lors, s’interroge-t-elle, à qui reviendra
la responsabilité de décider si un animal est un pitbull ou non? Mais Fabien Loup ne se fait pas d’illusions: «Les politiques
savent ce que nous pensons. Maintenant, nous appliquerons leurs règles.»
«Il faut de toute façon intervenir»
Le Jurassien Pierre Kohler (PDC) est à l’origine du projet adopté jeudi. Sa réponse aux vétérinaires.
– L’interdiction de certaines races de chiens est-elle vraiment efficace? Des professionnels en doutent…
– Des accidents mortels se déroulent avec certaines races, plus dangereuses que d’autres. C’est dans notre devoir
de politiciens d’agir.
– Si les vétérinaires sont réticents, l’application de la loi ne sera-t-elle pas problématique?
– Je peux aussi vous trouver des vétérinaires qui considèrent certaines races plus dangereuses que d’autres. Il faut
redonner leur juste valeur aux choses, en faisant passer la protection de l’humain avant celle de l’animal.
– Les professionnels précisent que le pitbull n’est pas une race définie.
– Je ne suis pas un spécialiste, mais je peux vous montrer un pitbull dans la rue. Et ce n’est pas parce qu’il y a des
difficultés pratiques qu’il ne faut pas intervenir. C. Z.
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