Protectrices de poids pour les chats
ANIMAUX - PEAUX DE CHATS
Sandro Campardo
C'est Tomi Tomek, de SOS Chats à Noiraigue?(NE), qui a révélé au public le scandale. Elle a elle-même acheté quelques peaux afin de prouver que cette pratique existe.
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Fabrice Eschmann - 10/10/2007
Le Matin
La présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, et la cheffe du Département de l'économie, Doris Leuthard, ont écrit à SOS Chats et à Brigitte Bardot en promettant de faire changer la loi
La découverte d'un commerce de peaux de chats en Suisse, ainsi que l'a révélé «Le Matin», fait réagir vertement Micheline Calmy-Rey et Doris Leuthard. Nos deux conseillères fédérales prennent la plume pour répondre à SOS Chats et à Brigitte Bardot: elles leur font part de leur compassion et annoncent qu'elles agiront!
Dans leurs réponses à l'icône française de la protection des animaux et à l'association SOS Chats, Micheline Calmy-Rey et Doris Leuthard se disent toutes deux «touchées» par ces révélations, et s'engagent à faire adapter la loi suisse. Un changement qui devient jour après jour plus nécessaire: les témoignages faisant état d'un tel commerce affluent.
"«Je vais transmettre votre requête à l'Office vétérinaire fédéral en lui faisant part de mes vives préoccupations»
Micheline Calmy-Rey, présidente de la Confédération
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C'est par hasard que Tomi Tomek, cofondatrice de l'association SOS Chats à Noiraigue (NE), découvre cet été que la tannerie Rätische Gerberei, à Coire (GR), commercialise des peaux de chats. Se faisant passer pour une cliente, elle se fait livrer trois pelages, ainsi qu'une couverture provenant de la société Santhera, à Buchs (SG).
Dégoûtée et pressentant un large trafic, elle alerte alors la présidente de la Confédération, ainsi que la cheffe du Département de l'économie. «Nous condamnons ce commerce en Asie et à l'Est, et le tolérons en Suisse?» s'indigne-t-elle. «Nous vous demandons de mettre fin à ce marché (...)»
Et les réponses n'ont pas tardé. Micheline Calmy-Rey et Doris Leuthard répondent à SOS Chats, ainsi qu'à Brigitte Bardot, en se disant «profondément touchées» par ces révélations. «Il serait à mon sens souhaitable que la législation suisse soit adaptée» aux règlements européens, écrit la présidente de la Confédération. «Je vais transmettre votre requête à l'Office vétérinaire fédéral, en charge de ce dossier, en lui faisant part de mes vives préoccupations à ce sujet.»
A la traîne de l'UE
A l'Office vétérinaire, on est conscient que quelque chose ne fonctionne pas dans la loi fédérale sur la protection des animaux, pourtant modifiée en 2005. Elle n'interdit en effet que «l'importation de peaux de chats ou de chiens. (...)» Sur la production et l'exportation, rien! L'Union européenne vient, quant à elle, d'adopter une réglementation interdisant tout commerce, qui devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2009. «Nous sommes conscients de ce problème, explique Cathy Maret, porte-parole de l'Office vétérinaire fédéral. Nous pouvons agir au niveau de l'ordonnance qui accompagne la loi et qui est actuellement en révision. Une interdiction du commerce est en ce moment à l'étude. C'est finalement le Conseil fédéral qui devra se prononcer, début 2008.»
Une prise de conscience bienvenue, car le commerce de peaux de chats est loin d'être anecdotique en Suisse. Une détective privée, engagée par SOS Chats, a ainsi pu observer qu'une tannerie de Huttwil (BE) se faisait livrer des peaux de chats par la société Neuenschwander à Oberdiessbach (BE), employant 35 personnes.
Pour en avoir le coeur net, une sympathisante de SOS Chats, agricultrice dans le canton de Neuchâtel, a téléphoné à l'entreprise pour lui proposer des peaux de chats, soi-disant trop nombreux autour de sa ferme. «Le Matin» était présent pour écouter les réponses: «Nous vous offrons 5 francs par peau, mais il ne faut pas qu'il y ait de trou! Le mieux est de les faire sécher chez vous, pour qu'elles soient plus légères à envoyer. Si vous ne savez pas comment faire, je peux vous envoyer un prospectus.»
| «30 millions d'amis» enquête en Suisse La mise au jour d'un commerce de peaux de chats en Suisse a eu des retentissements jusqu'à l'étranger. L'émission «30 millions d'amis», véritable institution en France, est en Suisse pour deux jours afin d'enquêter sur le sujet. Après un détour par la Haute-Savoie, où des chats disparaissent en nombre, l'équipe de tournage était hier à Berne pour interviewer Christophe Darbellay, conseiller national PDC. «Je vais tout faire pour que la Suisse ne devienne pas une plaque tournante en Europe, martèle celui qui est aussi le directeur de la Société suisse des vétérinaires. Nous allons devoir clarifier la loi.» L'équipe partait ensuite dans une tannerie, équipée d'une caméra cachée. L'émission est programmée pour le 4 novembre sur France3. | Le PDC Christophe Darbellay a été interviewé hier par France3 au sujet des trafics de peaux en Suisse. Photo © Arkive.ch/Aldo Ellena |
| Editorial: l'amie des bêtes Par Peter Rothenbühler Cet été, la présidente de la Confédération a reçu deux lettres de la part d'authentiques amis des bêtes: à l'une, elle a répondu avec sympathie et compassion. Elle lui apprenait l'existence d'un commerce de fourrures de chats. Qui laisse supposer que des félins sont tués, en Suisse, dans le seul but de tirer profit de leur pelage. La deuxième lui est parvenue de la part de la famille Knie, violemment et injustement attaquée cet été par des extrémistes de la cause animale, liés aux Black Blocks. Elle aussi aurait eu besoin de la sympathie de Calmy-Rey. La famille Knie a invité la présidente à visiter son zoo et assister au programme du cirque. Ainsi, les Knie ont aussi répondu à une remarque quelque peu méprisante de la présidente, qui avait déclaré dans un quotidien ne pas apprécier «les animaux savants» du cirque. Les Knie, déjà accablés par les reproches injustes des fanatiques, tenaient à montrer à Mme Calmy-Rey que, en matière d'entretien et de dressage, ils méritaient tous les compliments des amis des bêtes. Or, notre présidente leur a répondu sur un ton un peu différent qu'aux amis des chats. Le calendrier ne lui permettrait pas de visiter le cirque cette année. Point barre. Toute politicienne qu'elle est, Mme Calmy-Rey sait qu'une cause juste est desservie quand elle est défendue par des fanatiques. En boudant le Cirque Knie, elle a - sans le vouloir peut-être - fait l'affaire des extrémistes. C'est que, même dans l'amour pour les bêtes, il y a des nuances à observer. Et des dérapages à éviter. |