Premier jour des chiens muselés: le flop complet!
Parcs publics - Peu de canidés sont sortis «couverts». Et les agents de sécurité ne les ont pas traqués.
Laurence bézaguet et marie prieur
Publié le 03 octobre 2006
«Fripon a un souffle au c?ur, mon vétérinaire ne veut donc pas que je lui mette une muselière!» Maîtresse dévouée à ce caniche de 15 ans, Monique-Estelle (74 ans) ne contreviendra pas pour autant au nouveau règlement transitoire du Conseil d'Etat: «Je me promènerai là où le port de la muselière n'est pas obligatoire, notamment sur la plaine de Plainpalais, voisine de mon logement.»

Richard et Plume © Pascal Frautschi
Depuis hier, tous les chiens doivent être muselés dans les parcs publics; pour les espèces potentiellement dangereuses, cette mesure s'étend à l'ensemble de l'espace public (nos éditions d'hier). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les propriétaires n'ont pas été bons élèves en cette journée de baptême. Résumé d'un flop…
Sur le chemin qui mène à la plaine, Merlin, le cocker spaniel de Jacques (48 ans), est plein de vie. Son maître refuse de le frustrer: «La muselière ne peut que le rendre agressif.»
Emmanuelle (32 ans) ne pense pas différemment en entrant au parc des Bastions, soumis au nouveau règlement: «Je n'imagine pas ma pauvre Boudu (une bâtarde de 8 ans) avec une muselière. Je payerai l'amende si je me fais coincer!» De toute façon, cette charmante jeune femme est très perplexe: «Non seulement, la communication des autorités laisse à désirer, mais en plus, on se demande bien pourquoi un endroit aussi fréquenté que la plaine échappe au règlement?»
Une opposition massive
En cette fin de matinée ensoleillée, «il y a nettement moins de chiens que d'habitude», constate Hilda, retraitée habituée des Bastions. Leurs propriétaires redoutent-ils de croiser des agents municipaux? En tout cas pas Richard (30 ans) qui n'est pas prêt à museler sa chienne Plume, ravissant berger catalan de
7 mois: «Je ne veux pas la punir à cause d'une minorité d'irresponsables qui ne savent pas tenir leurs chiens.» Richard déplore «cette décision politique prise à la va-vite, sans tenir compte des avis de professionnels. C'est un grand stress pour les chiens de devoir supporter une muselière!»
Une chose est sûre… cette «punition» rend triste Jéricho. Ce boarder terrier de 12 ans goûte peu à la nouveauté, imposée avec regret par sa maîtresse Claire-Lise. «Ce n'est pas une muselière, c'est un Halti qui ne lui ferme pas le nez», précise cette femme de 60 ans, qui ne veut pas risquer une amende. Et qui se déclare «scandalisée par cette décision arbitraire et irréfléchie.»
Pour Xeno, berger allemand de 9 ans, la muselière c'est aussi une première. Et visiblement, il déteste ça. Il frotte son museau prisonnier sur l'herbe du parc des Cropettes, tentant par tous les moyens de se dégager. «Je la lui mets à contrecœur, explique Festa (36 ans), mais je ne veux pas avoir d'amende, un chien, c'est assez cher comme ça.»
A deux pas de là, Lydie, souriante septuagénaire, promène Athos, un cavalier King Charles (3 ans) non muselé. «Cette race a la gueule aplatie, une muselière l'empêcherait de respirer.»
De son côté, Sandrine, serveuse de 24 ans, est persuadée que les agents seront plus tolérants avec les caniches des mamies qu'avec son berger allemand croisé husky (6 ans). Elle refuse pourtant de lui imposer ça. «D'accord pour une loi sur les molosses, mais de là à l'infliger à tout le monde!»
Thierry (31 ans) n'est pas de cet avis. Il ne comprend pas que l'on fasse une distinction. «C'est soit tous les chiens soit aucun. Autrement, c'est de la discrimination.»
A Carouge, il promène trois gros chiens dont Neska, un bâtard de 11 mois, à classer dans la catégorie des molosses. Si, aujourd'hui, il n'a pas pris le temps de leur passer la muselière, il compte se conformer au règlement. «On n'a pas d'argent à donner aux services municipaux», conclut-il résigné.
Pas de chasse aux contrevenants
«Aucune action spécifique n'a été programmée aujourd'hui», précise le porte-parole de la police. Autrement dit, la chasse aux contrevenants n'a pas été ouverte. Certes, précise-t-il, si un gendarme croise quelqu'un en infraction, il le verbalisera. «Mais on ne va pas changer nos habitudes pour autant. Surtout que la surveillance des parcs est du ressort des agents de ville.»
De son côté, Antonio Pizzoferrato, chef du Service des agents de ville, n'a pas non plus déployé d'armada spécifique. «Nous n'avons pas assez d'agents pour en poster deux dans chaque parc. Par contre, on leur a demandé d'effectuer des passages plus fréquents à proximité.»
Et de préciser: «Pour le moment, la règle d'or consiste à prévenir et à informer avant tout. Excepté dans les situations potentiellement dangereuses où, là, la sanction intervient immédiatement.» Par exemple, dans le cas d'un chien non muselé à proximité de jeux pour enfants ou encore d'un molosse, qui ne porterait pas de muselière malgré l'obligation permanente.
Impossible pour le moment de savoir combien d'amendes ont été distribuées lors de cette première journée. L'objectif selon le chef des ASM est avant tout de faire un état des lieux. «Le règlement est tombé rapidement, il a surpris beaucoup de gens. Il faut donc dans un premier temps évaluer l'impact réel sur le terrain», conclut-il.
(mp)