PAS TOUCHE Le mudac expose l'animalité

Publié le par steve

Ou quand le rapport à l'animal devient révélateur (L.Eckstein) (swissinfo)

 

 12 octobre 2006 - 19:06

 

 

Les animaux sont les vedettes de la nouvelle exposition du mudac de Lausanne. Près de 400 objets et installations ont été rassemblés pour «Bêtes de Style».

 

Du surinvestissement affectif à l'exploitation indutrielle, notre rapport aux animaux inspire plus que jamais les artistes contemporains. 

 

Un homme embrassant un chien à pleine bouche. Trois chimpanzés réunis pour le souper du soir autour d'une table nappée de blanc. Un trophée animalier maquillé et coiffé d'une perruque... En proposant des œuvres qui mettent en scène l'animalité, c'est au questionnement de l'homme sur lui-même que renvoie le Musée de design et d'arts appliqués contemporains (mudac) de Lausanne.

Avec «Bêtes de style», à voir jusqu'au 11 février 2007, le musée lausannois s'arrête sur nos "amis" les animaux. Alors même qu'ils font constamment la une des journaux - muselés chez nous ou dans des brasiers d'où dépassent des pattes en Angleterre et en Asie -, le rapport qui nous lie à eux est pourtant rarement interrogé.

Sauf par les musées justement. En 2004, le Musée d'histoire des sciences à Genève avait questionné le lien "dénaturé" entre homme et animal. En art contemporain, la Centrale électrique de Bruxelles a proposé tout récemment l'exposition «Zoo», qui traitait de l'animal dans l'art d'aujourd'hui.

Affection et cruauté 

 

«Les gens qui travaillent dans le domaine sentent des tendances, d'où la multiplication des expositions sur ce thème», souligne Magali Moulinier, co-commissaire pour «Bêtes de style» et collaboratrice régulière du mudac. C'est en fait la directrice du musée lausannois, Chantal Prod'hom, qui a eu l'idée de cette exposition il y a près de deux ans, «agacée» qu'elle était par l'ampleur prise par le phénomène du "pet's design".

Une partie de l'exposition - conçue en sept sections rassemblant plus de 400 oeuvres - est ainsi consacrée à la panoplie d'objets qui servent à bichonner les animaux de compagnie. Outre les gamelles design et les jouets aromatisés, les produits cosmétiques et les manteaux chics témoignent de l'art déployé par le commerce pour exploiter la relation sentimentale qui nous lie à eux.

Revers de la médaille, l'exploitation des animaux se trouve bien sûr traitée. De la domestication à la manipulation technologique, aucune vicissitude ne leur est épargnée en tant que compagnons fidèles de notre marche vers le progrès. Ainsi le porcinet imaginé par l'Italien Elio Caccavale fonctionne-t-il comme une banque génétique utilisable en tout temps à des fins de xéno-transplantations.

Quant au motif récurrent de la transformation en animal, il inspire les vidéastes, qui n'ont pas manqué de travailler ce point de vue empathique. Grâce à des caméras miniatures attachées sur son corps, il est possible de suivre le chien terrier Stanley et de découvrir Venise inondée au ras du sol.

 

 Induire un doute éthique

 

 «Il y a un jeu de miroir entre les sections, comme entre l'homme et l'animal», explique Magali Moulinier, précisant que cette exposition, pourtant l'une des plus ambitieuses du mudac quant aux objets rassemblés, ne se prétend pas exhaustive.

Au total, près d'une centaine de créateurs issus du monde entier sont représentés par une ou plusieurs de leurs oeuvres, bien qu'aucun d'entre eux ne se considère à proprement parler comme un artiste animalier.

De Thomas Grünfeld, qui naturalise des animaux composites mélangeant par exemple pélican, kangourou et cheval, à Oleg Kulik, dont les performances au cours desquelles il se métamorphosait en chien et allait jusqu'à mordre les mollets des spectateurs avaient fait parler de lui, tous se tournent vers le monde animal pour mieux parler de l'humain.

« Contrairement aux apparences, je ne suis pas un "artiste animalier" et mon travail parle plus de la nature humaine que de la nature en soi», écrit à ce propos Pascal Bernier, dont les créations sur le thème du trophée et de la mort visent à induire un «doute éthique» chez le spectateur.
 

 

Une fonction d'alerte

 

 «L'animal est un alter ego problématique avec lequel on vit depuis qu'on est sur terre», relève Chantal Prod'Hom, qui se défend toutefois de toute intention moralisatrice. «Nous n'avons pas fonctionné avec des à priori, mais nous avons essayé de faire un constat et nous avons été en quelque sorte rattrapées par la production très abondante sur ce sujet ces dernières années.»

Loin des performances trash des années 70-90 où des artistes tels que Damien Hirst ou Ana Mendieta n'hésitaient pas à utiliser du sang ou des cadavres animaux, «Bêtes de style» propose donc une approche qui privilégie l'implicite.

«Les artistes contemporains ne passent pas par la démonstration violente», relève Magali Moulinier, «ces images-là, on les voit trop. En recherchant des concepts structurés, ils passent plutôt par l'ironie ou la démonstration par l'absurde et arrivent à alerter de manière tout aussi efficace sur certains risques de dérive».

swissinfo, Carole Wälti

http://www.swissinfo.org/fre/recherche/detail/PAS_TOUCHE_Le_mudac_expose_l_animalite.html?siteSect=881&sid=7159396&cKey=1160672829000

 

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