Apprenez à caresser lobjet de vos angoisses!
ANIMAUX – Méfiance et méconnaissance vont de pair pour le cynophobique.
Estelle Lucien
Publié le 02 novembre 2006
La peur de croiser un chien est plus forte que le plaisir d'une promenade en forêt? Votre jogging devient un enfer dès que vous croisez un canidé? Votre enfant a coupé les ponts avec son meilleur ami qui a deux labradors? Apprendre à surmonter sa cynophobie c'est retrouver sa liberté d'action et sa qualité de vie. En une dizaine d'heures, Séverine Bogard, éducatrice canine et animatrice du PAM (prévention des accidents par morsures de chien) proposent aux adultes comme aux enfants une désensibilisation progressive.
- D'où vient la peur des chiens? L'amer souvenir d'une bousculade, d'un pincement ou d'une morsure, est le plus souvent l'origine de la peur du chien. «L'aspect gesticulatoire de l'animal est une source d'inquiétude pour les petits», observe l'éducatrice canine. Il y a ceux aussi qui reconnaissent que leur méfiance face au meilleur ami de l'homme tient à sa méconnaissance.
- Apprendre à parler chien. La première étape consiste à mieux connaître l'objet de son angoisse: cette créature qui aboie, chahute, vous saute dessus, vous court après…
Des oreilles à la queue, en passant par les poils, la gueule et le regard: le chien s'exprime de tout son corps. Le phobique peut s'entraîner à reconnaître les attitudes de base du canidé, en commentant des images le montrant dans différentes postures caractéristiques. Un bagage théorique salvateur pour flairer rapidement les signes avant-coureurs d'un assaut canin, amical ou hostile. C'est ce même langage corporel que le chien utilise pour interpréter nos propres réactions. «L'animal répond avec son instinct. L'homme a la capacité de réfléchir. C'est donc à ce dernier à s'adapter», rappelle l'éducatrice canine. Au lieu de lever et d'agiter ses mains au ciel dans une réaction de panique, le phobique, dans sa quête de guérison, s'exercera aux positions du poireau (debout les bras le long du corps, le regard détourné, en silence) et de la pierre (à terre, recroquevillé en boule, les cheveux ramassés, les mains sur la nuque) «Immobile et muet vous ne l'intéressez plus», vous promet-on.
- Après la théorie, la pratique. Se laisser approcher par la bête au point qu'elle vous renifle de sa truffe humide, est une étape essentielle et redoutée. Surtout qu'il faut rester impassible, les bras ballants, le temps de la courtoise reniflette. Séverine Bogard propose le même exercice en se laissant tomber à côté du chien. «On adopte la position de la pierre et on se laisse renifler. C'est très utile pour les enfants qui peuvent facilement être renversés par un gros animal.»
Passer à proximité d'un chien attaché à l'entrée d'un magasin, autre circonstance qu'appréhendent les cynophobiques. «Détourner le regard et marcher le plus loin possible, sans s'agiter», c'est le conseil de l'éducatrice qui n'hésite pas à faire répéter la saynète plusieurs fois. Il faut prévoir encore une dernière situation critique, celle de se faire happer son sandwich, son portable ou son sac à main, par un cabot sans-gêne. Le but consiste à lâcher immédiatement la chose qui intéresse l'animal.
Ces exercices pratiques peuvent être répétés avec des chiens que l'on connaît et en présence des propriétaires, dans un environnement sécurisé.
- Caresser et promener l'ancien ennemi. C'est sur le terrain, en promenade, en présence de spécimens canins inconnus, que se mesurent les progrès accomplis.
L'envie peut remplacer la peur. Celle de caresser son ancien ennemi, de le récompenser par une friandise et même de le tenir en laisse. Des gestes qui bien qu'amicaux doivent aussi être encadrés. «On caresse sur le côté et sous le cou, après avoir fait renifler sa paume, précise Séverine Bogard. Il n'y a pas de chiens gentils, il y a des chiens.»
Pour en savoir plus
A lire:
- «Moi qui ai peur des chiens», une brochure éditée par l'Office vétérinaire fédéral, qui fait le tour des comportements à adopter selon le scénario: «Un chien en liberté vient vers vous, et pas de propriétaire à l'horizon». Elle peut être téléchargée sur: www.bvet.admin.ch ou commandée au tél. 031 323 30 33.
- «N'aie pas peur du gros chien». Cette brochure éditée par l'Institut de recherches interdisciplinaires sur la relation entre l'homme et l'animal, s'adresse aux enfants. On peut la commander sur: www.iemt.ch ou au tél. 044 260 59 80.
Cours:
- Séverine Bogard, éducatrice canine, propose des séances individuelles de désensibilisation pour enfants et adultes cynophobiques. (50 fr. de l'heure). Tél. 079 638 21 71.
- Des présentations PAM (quatre animateurs et deux chiens) d'une heure avec les situations les plus courantes peuvent être organisées en contactant Laurence Seynaeve au tél. 022 777 40 02
http://www.tdg.ch/tghome/interactif/le_conseil_du_specialiste0/peur_des_chiens__02.html